Revues scientifiques

Cliopsy, (18) 2017

Ce numéro paraît quelques mois après le cinquième Congrès Cliopsy (Actualité de la clinique d’orientation psychanalytique dans le champ de l’éducation et de la formation) qui s’est tenu à l’université Paris Descartes les 19 et 20 mai 2017.

Quatre des six articles de recherche que l’on y trouve ont été proposés à la suite de communications faites à ce congrès, ceux de Marc Guignard, de Betty Toux, de Maryline Nogueira-Fasse et de Jean-Marie Weber co-écrit avec Ruzhena Voynova. Les trois premiers sont issus de la thèse en sciences de l’éducation de leur auteur-e : celle de Maryline Nogueira-Fasse a été soutenue en novembre 2015, celle de Betty Toux en septembre 2016 et celle de Marc Guignard en juin 2017.

L’article de Christine-France Peiffer rend compte de sa recherche réalisée dans le cadre d’une thèse en psychologie soutenue en 2015. Quant à l’article de Xavier Gallut, également docteur en psychologie, il s’appuie sur la pratique de psychologue de son auteur.

Ces six articles ont en commun de s’intéresser à des questions scolaires, que ce soit dans le cadre de la formation professionnelle des enseignant-e-s, dans des classes ou dans des dispositifs extérieurs à l’école. Ils sont centrés sur des enseignant-e-s, pour les uns, sur des élèves en difficulté ou décrocheurs pour d’autres, ou encore sur des étudiant-e-s de grandes écoles.

À partir d’un matériel clinique recueilli auprès d’enseignants de mathématiques en début de carrière dans le cadre de son travail de thèse, Marc Guignard propose la notion de bisexualité psychique pour comprendre certains phénomènes psychiques à l’œuvre au moment de la prise de fonction. Il commence par reprendre cette notion telle qu’elle peut s’entendre chez le nourrisson et l’adolescent. Puis, à partir de l’étude clinique d’un entretien effectué avec un enseignant débutant rencontré pour sa recherche, il fait l’hypothèse qu’une part professionnelle de la bisexualité psychique est sollicitée chez l’enseignant autour de questions mathématiques, en particulier lors du début de carrière.

Betty Toux étudie le lien intersubjectif entre des professeures des écoles et des élèves en situation de handicap dans des écoles « ordinaires », confrontation qui met parfois à mal la posture de l’enseignante. Puis elle interroge ce qu’elle nomme « l’impensé » de sa thèse : la présence à l’intérieur de la classe de l’accompagnant-e de l’élève en situation de handicap et son importance. Ce qui l’amène à mieux appréhender les liens intersubjectifs entre ces deux professionnels que sont l’enseignante et l’accompagnant-e. Elle fait l’hypothèse d’une alliance inconsciente, au sens de René Kaës, qui peut s’établir, soit sur un mode défensif, soit sur un mode structurant. L’élaboration de cet impensé la conduit également à ré- examiner sa posture de chercheuse clinicienne et son rapport à son propre objet de recherche.

Xavier Gallut évoque ensuite son expérience de psychologue dans un « Programme de Réussite Éducative », dispositif extérieur à l’école qui a pour but d’apporter une aide aux enfants qui rencontrent des difficultés dans les apprentissages scolaires. Il examine sa place dans ce dispositif, en tant que psychologue et chercheur, et il explicite ce qui rend possible les rencontres avec les enfants ou les adolescents qu’il reçoit ; il propose également certains des repères théoriques qui l’aident à penser et à écrire. À l’aide du récit d’une situation clinique, il décrit sa manière de travailler avec une adolescente de 12 ans et explicite la manière dont il conçoit sa fonction ainsi que l’aide qu’il peut lui apporter.

Dans le cadre de la formation professionnelle de futurs professeurs des écoles, Maryline Nogueira-Fasse a mis en place un dispositif d’ateliers « d’écriture de soi ». Elle en explicite le fonctionnement et soutient que, dans un contexte social contemporain qui rend difficile la construction de l’identité professionnelle, une narration subjective d’événements touchant à la sphère professionnelle peut contribuer à l’élaboration d’un «soi- professionnel » enseignant. À partir de l’analyse du discours de deux participantes à ces ateliers d’écriture et en faisant référence à René Kaës, elle propose l’idée que, dans la construction de l’identité professionnelle, cette écriture de soi a une fonction d’étayage psychique.

C’est au décrochage scolaire que s’intéressent Jean-Marie Weber et Ruzhena Voynova. La répétition d’échecs par rapport à l’école repérée dans les récits biographiques de deux jeunes adultes « décrocheurs » a amené ces deux auteurs à penser que le concept de pulsion de mort était pertinent pour éclairer la dynamique inconsciente en jeu dans les acting-out répétés des jeunes interviewés. Ils envisagent ainsi le décrochage scolaire comme un symptôme à la fois subjectif et collectif et soutiennent que l’on peut penser le décrochage scolaire comme un acte ultime du sujet qui comporte une dimension créative.

Dans un tout autre univers scolaire, celui des grandes écoles, Christine- France Peiffer s’intéresse à la créativité des étudiants en grandes écoles : quelle est la part de leurs dispositions et de leurs fonctionnements psychiques ? Quels sont les effets du régime de travail de ces écoles sur ces fonctionnements ? Sur le plan méthodologique, elle a eu recours, avec les mêmes étudiants, à des entretiens cliniques ainsi qu’à des outils projectifs (tests Rorschach et TAT). À partir des résultats, les uns d’ordre statistique et les autres d’ordre clinique, elle repère des tendances dans le fonctionnement psychique des sujets. L’exemple d’une étudiante lui permet de montrer que des éléments biographiques qui n’étaient pas présents dans le matériel recueilli, apportent un autre éclairage sur la créativité et sur l’investissement affectif et pulsionnel de l’objet scolaire.

Après ces articles de recherches, on trouvera la restitution d’un échange avec Janine Puget, psychiatre et psychanalyste en Argentine, enregistré le 4 février 2017 à l’université Paris-Nanterre. La rencontre a eu lieu lors d’une manifestation organisée dans le cadre des actions proposées par l’association Cliopsy et avec l’aide de l’équipe Savoir, rapport au savoir et processus de transmission du CREF. Interrogée par Claudine Blanchard- Laville, Antoine Kattar et Arnaud Dubois, Janine Puget évoque son parcours, sa formation à la psychanalyse individuelle et de groupe, son expérience de travail avec des couples et des familles, l’évolution de sa pensée vers l’hypothèse des « mondes superposés », la notion d’« effets de présence », le « penser avec » dans les groupes, le passage d’une langue à l’autre ainsi que les auteurs qui l’ont nourrie et influencée.

Dans la rubrique « Harmoniques », Hubert Vincent examine selon une perspective philosophique la notion de pratiques en partant de l’ouvrage de Michel Foucault Surveiller et punir. Il interroge l’analyse des pratiques sous l’angle des notions de relations de pouvoir, de liberté et de résistance. À l’aide d’exemples tirés de situations d’enseignement, il souligne que les pratiques sont toujours articulées à des principes, des savoirs et un rapport particulier au savoir.

Ce numéro 18 se termine par la présentation de la thèse de Marc Guignard : Devenir enseignant de mathématique : étude des modalités du transfert didactique. Vers une prise en compte d’une parentalité psychique interne.

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